Marie-Christine Kok Escalle
Née et élevée à Paris, enfant de la génération baby-boom, j’y ai vécu pendant les Trente Glorieuses (Trente Glorieuses Années), qui promettaient un avenir meilleur que celui de nos parents ayant survécu à la guerre. Nous étions convaincus que la prospérité, la paix et la justice viendraient grâce à l’intégration européenne et à la création d’organisations internationales.
En tant que professeur d’histoire culturelle française à l’Université d’Utrecht, j’ai formé des générations d’étudiants à l’analyse des coutumes culturelles, leur ai donné des outils pour comprendre la communication interculturelle et développer des compétences essentielles aux citoyens de nos sociétés multiculturelles.
Merci à Faustine Gauthier pour cet entretien
Vous avez exercé un mandat de Conseillère des Français de l’étranger de 2016 à 2018 et de 2021 à 2026 et vous êtes Présidente du Conseil consulaire depuis 2024. Pourquoi et comment êtes-vous devenue « élue de proximité » pour les Français résidant aux Pays-Bas ?
« En 2014 puis en 2020 j’ai accepté de participer à l’aventure des élections consulaires, sollicitée par des Français vivant aux Pays-Bas et soucieux de porter la voix d’autres Français dans les instances représentatives des Français établis hors de France.
En 2014, il s’agissait d’élire les conseillers qui siègeraient au Conseil consulaire, instance tout nouvellement créée par la loi de 2013, avec pour les Pays-Bas, un Conseil comprenant cinq conseillers élus. En 2020, il s’agissait de renouveler les membres du Conseil et j’ai mené la liste « Français aux Pays-Bas » qui a obtenu un siège. L’élection a eu lieu en 2021 à cause des contraintes liées à la crise sanitaire : l’ancien conseil a siégé un an de plus que le mandat prévu, le nouveau conseil élu en 2021, un an de moins.
À deux reprises j’ai répondu oui à la demande de m’engager au service de mes compatriotes aux Pays-Bas ; en 2014, je disposais du temps d’une historienne retraitée de l’Université d’Utrecht où j’ai pendant des décennies, depuis 1978, enseigné la France et les Français ; en 2020/21, je bénéficiais, pour une nouvelle aventure, de l’expérience de l’exercice, pendant deux ans, du mandat de conseiller (2016-2018), mandat exercé à tour de rôle par les membres de la liste candidate en 2014.
J’y voyais l’occasion de poursuivre d’une façon nouvelle, mon engagement de Française aux Pays-Bas, ayant acquis une très utile connaissance des Pays-Bas et de la société néerlandaise dans son évolution depuis plus de quarante ans ainsi qu’un savoir et un savoir-faire en matière d’interculturalité. Historienne de la culture française et sémioticienne – étude du sens et de ses manifestations dans la communication –, j’ai en effet développé à l’université d’Utrecht un Master en communication interculturelle et médiation pour les étudiants en langues étrangères, programme dans lequel j’ai enseigné pendant huit ans jusqu’à mon départ à la retraite.
Mon goût du contact et de la relation, mon expertise universitaire et mon expérience de famille bilingue et biculturelle m’ont tout simplement encouragée à proposer aux Français vivant aux Pays-Bas de les représenter et de servir de lien signifiant et de relai mutuel efficace entre mes compatriotes et les autorités françaises en poste aux Pays-Bas (consulat et ambassade). Et depuis, je mets toute cette richesse à leur service. »
Quel a été votre rôle, quelles ont été vos actions en tant que Conseillère puis Présidente du Conseil consulaire ?
« Notre rôle de conseiller consiste principalement à représenter les Français établis aux Pays-Bas, en siégeant au sein du conseil consulaire et dans différentes instances, où nous donnons un avis consultatif, et en participant à des manifestations républicaines.
Au-delà de ces missions essentielles que j’ai assurées avec conviction, j’ai eu à cœur de créer du lien avec les Français aux Pays-Bas, en les rencontrant, en les informant des activités francophones et des actualités néerlandaises, en les mettant en réseau, en me faisant leur relai. Pendant tout le mandat, le travail relationnel a articulé mon activité, pour répondre aux demandes, utilisant mon réseau français et néerlandais tant pour les compatriotes que pour les autorités françaises.
Je l’ai matérialisé notamment, depuis le début de mon mandat, à travers une lettre d’information mensuelle, adressée depuis septembre 2021, par mail, aux Français inscrits sur la liste électorale consulaire d’Amsterdam.
En tant que Présidente du Conseil consulaire, j’ai pratiqué l’écoute, le dialogue, l’action. J’ai veillé à initier et accompagner un travail collectif entre conseillers, d’une part, à développer un travail constructif avec la consule et la consule adjointe d’autre part, pour animer la réflexion sur les questions d’actualité touchant la communauté française en évolution (enseignement, emploi, mutation des situations d’expatriation, élections, vote électronique). J’ai aussi pris des initiatives pour une interaction avec l’Institut français NL (conférences grand public et experts). »
Pouvez-vous nous parler de votre travail de représentation des Français aux Pays-Bas ?
« J’ai exercé mon mandat avec assiduité et dans un esprit d’ouverture et de dialogue avec les autorités consulaires et diplomatiques, au sein du Conseil consulaire et dans ma relation avec les Françaises et Français aux Pays-Bas.
Au sein du Conseil consulaire, nous exprimons un avis sur les dossiers de demande de bourses scolaires, de subventions aux associations pour leurs projets innovants et répondant aux attentes, de théâtre francophone par exemple, et d’aides en matière de protection sociale.
Participant aux conseils d’établissement du Lycée français Van Gogh et de l’International French School d’Amsterdam, j’ai pu échanger avec beaucoup d’intérêt avec toutes les parties participantes, direction, enseignants, parents d’élèves et considérer avec eux les problèmes qui se posent aux structures d’enseignement français à l’étranger et qui demandent solution.
J’ai également représenté les Français avec émotion et recueillement dans les traditionnelles célébrations annuelles du 14 juillet et du 11 novembre, mais également lors des cérémonies du souvenir de militaires tombés sous le drapeau français aux Pays-Bas pendant la Seconde Guerre mondiale, chaque année à Wassenaar (Hollande méridionale) en février et à Kappelle (Zélande) en mai.
J’ai participé à de très nombreuses cérémonies festives : remises de prix, de décorations, mise à l’honneur de lauréats, d’élèves et étudiants. Les cérémonies républicaines d’accueil dans la citoyenneté française ont été une occasion de rencontrer des personnes au parcours de vie familiale et professionnelle vraiment remarquable par leur richesse. »
Comment et sur quoi avez-vous informé les Français aux Pays-Bas ?
« Dès le début de mon mandat, j’ai pensé à faire une lettre mensuelle d’information destinée aux Français vivant sur tout le territoire des Pays-Bas pour les informer, non seulement de notre travail de représentation institutionnelle mais aussi de la vie culturelle francophone dans le pays, une « francophonie active » aux Pays-Bas, qui se révèle être bien riche mais trop peu connue et dont ils apprécient d’en savoir plus. D’un autre côté, il me semblait aussi essentiel de les aider à comprendre le contexte social et politique des Pays-Bas, pays dans lequel ils vivent, et les pratiques culturelles et politiques, fruit de l’histoire, que je présente et explique au fil de l’actualité : certaines comme le droit de voter aux élections municipales de leur commune de résidence les concernent directement.
Dans chaque lettre, je rends compte d’une des rencontres passionnantes de Françaises et de Français dont j’ai voulu partager la richesse avec mes compatriotes, sous la forme d’un entretien-portrait mettant en lumière leurs talents.
J’informe aussi des activités des Alliances françaises, des associations FLAM (français langue maternelle), de Platform Frans et du Réseau Franco-Néerlandais, que j’ai toujours soutenus. »
Pendant votre mandat, vous êtes-vous engagée pour des causes particulières ?
« Je me suis activement engagée dans l’action collective contre les violences dans la sphère domestique, dans la campagne annuelle de Orange the World, à La Haye.
J’ai aussi co-organisé l’exposition Maux & Mots de Femmes en 2023 à l’Atrium de l’Hôtel de ville de la Haye, en partenariat avec l’Alliance française et le Soroptimist International club ‘s-Gravenhage.
Mon engagement pour le droit international et la paix me conduit à organiser des visites en français de la Cour Pénale Internationale, participant ainsi à faire connaitre l’action de la Cour. »
Vous terminez votre mandat et soutenez la liste Voix françaises aux Pays-Bas menée par Michèle Kremers. Pourquoi voter pour cette liste ?
Michèle et moi avons travaillé ensemble pendant des décennies à l’université d’Utrecht et nous nous sommes engagées ensemble dans cette aventure de la représentation de proximité. Elle a été à mes côtés lors de la campagne pour les précédentes élections consulaires en 2021 et a continué à être un précieux conseil et soutien pendant mon mandat.
Aujourd’hui, à son tour à la retraite, elle souhaite consacrer du temps et de l’énergie à la représentation et à la mise en lien des Français aux Pays-Bas. Je vous encourage de tout cœur à soutenir la liste qu’elle conduit. Je suis convaincue qu’elle sera une conseillère engagée et appréciée des Français pour son écoute, sa présence bienveillante, son sens de la diplomatie et son efficacité. »
