Traces de l’influence française dans l’histoire et le patrimoine architectural à Groningue
Pierre de Saint-Phalle nous accompagne dans la découverte de Groningue, en une heure de déambulation francophone et républicaine autour du thème :
L’influence française (presque) oubliée, entre soif de libertés et questions d’identité.
À l’occasion des élections des Conseillers des Français de l’étranger (31 mai 2026), notre liste candidate Voix françaises aux Pays-Bas convie compatriotes et francophiles à une immersion dans le passé de la « Métropole du Nord ».
Le samedi 16 mai 2026 à 14h,
rendez-vous est fixé au pied de l’Hôtel de Ville (Grote Markt), édifice néoclassique achevé en 1810 sous l’administration impériale.
Le centre-ville conserve les traces d’une influence française plus ancienne encore.
De la Réforme aux Lumières, notre culture a marqué l’espace urbain et les familles. Le parcours identifiera les indices architecturaux – politiques, religieux ou commerciaux – qui témoignent de cette présence.
Dès le début du XVIIᵉ siècle, des mercenaires français demandent un service religieux protestant dans leur langue. Les flux de réfugiés français, fuyant les persécutions religieuses, donnent à la ville des artisans, des commerçants et des intellectuels qui trouvent ici tolérance, carrière, famille et s’installent définitivement. Le goût et le verbe français dominent tout au long du siècle des Lumières : université, clubs et salon, mais aussi loges maçonniques font de cette riche ville hanséatique un petit Paris intellectuel et politique du Nord. On y dissèque les nouvelles revendications de libertés et de droits avec passion. Groningue participe alors pleinement à la République des Lettres.
Cette promenade historique évoque plus particulièrement deux figures clés : le juriste Jean Barbeyrac traducteur de Grotius et Pufendorf, et le pasteur Henri Daniel Guyot, fondateur de l’enseignement pour les sourds aux Pays-Bas. Ces deux personnages permettent l’exploration de deux périodes : celle où l’élite locale « Wallonne » adoptent le français comme langue de sciences et de lettres, et surtout comme moyen de distinction sociale ; puis la période de la construction et de l’affirmation nationale néerlandaise, qui requiert alors l’effacement progressif des racines francophones.
Jean Barbeyrac (1674-1744) est la figure du savant européen poussé sur les routes par l’intolérance religieuse. Né à Béziers dans une famille protestante, il est contraint de quitter la France dès l’enfance lors de la révocation de l’Édit de Nantes en 1685. Après un exil en Allemagne, il s’établit à Lausanne où il enseigne les belles-lettres et commence à forger sa réputation de juriste d’exception. C’est là qu’il entreprend la traduction en français des œuvres de Grotius et Pufendorf, les dotant de commentaires érudits qui rendent le droit naturel accessible aux philosophes des Lumières. En 1717, sa renommée lui ouvre les portes de l’université de Groningue, où il occupe la chaire de droit public et privé jusqu’à sa mort. Il y devient un pilier de la « République des Lettres », entretenant une correspondance avec les plus grands intellectuels de son temps. Par ses travaux sur l’autonomie de la raison et la morale, il a fait de la cité néerlandaise un centre névralgique de la pensée politique moderne, influençant durablement les théories du contrat social.
Henri Daniel Guyot (1753-1828) est une figure emblématique de l’humanisme groningois, dont l’œuvre a marqué l’histoire de l’éducation spécialisée. Né à Trois-Fontaines (Moselle), il s’installe aux Pays-Bas pour étudier la théologie à l’université de Groningue. En 1781, il devient pasteur de l’Église wallonne de la ville pour de longues années. Lors d’un séjour à Paris, il rencontre l’abbé de l’Épée, pionnier de l’enseignement pour les sourds. De retour à Groningue, Guyot décide de consacrer sa vie à cette cause : il fonde en 1790 le premier institut pour sourds-muets des Pays-Bas. Installé initialement dans sa propre demeure, l’institut gagne rapidement en reconnaissance sous son impulsion, bénéficiant du soutien de la municipalité et des élites locales. Par son action, Guyot a non seulement intégré les personnes malentendantes à la société, mais il a aussi ancré Groningue dans une tradition de progrès social et pédagogique. Son héritage est aujourd’hui encore célébré sur la Guyotplein, où un monument commémoratif honore sa mémoire.
Comme nous aurons l’occasion de le souligner, la ville de Groningue a gardé une forme de sagesse progressiste et exigeante : dès les années 1970, la ville fait reculer la présence des voitures par un audacieux plan visant à rendre les autres moyens de transports plus pratiques. À la fin des années 1990, les citoyens votent contre leurs élus et font échouer le projet de construction d’un centre commercial et d’un parking géants en plein centre, protégeant bien tôt déjà l’environnement, les commerces locaux et l’identité architecturale de la ville.
Traces de l'influence française dans l'histoire et le patrimoine architectural à Groningue
